L'exposition temporaire du Louvre Armenia Sacra qui fait la part belle aux khatchkars me donne l'opportunité ici de revenir plus en détails sur sur ces stèles de pierre, symboles de tout un pays. Le terme de “khatchkar” qui signifie croix- pierre en arménien désigne ces stèles à mi chemin entre architecture et sculpture faites à partir de pierre,dans laquelle la croix chrétienne est profondément creusée et ornée tout autour de passages des évangiles ou d'inscriptions arméniennes. Les premières stèles aparaissent dès 825 lorsque Achot Ier devient roi d'Arménie après trois siècles de domination arabe et rétablit la paix ainsi que la souveraineté nationale,propice à un élan culturel et artistique sans précédent. La fonction première des khatchkars est de célébrer la foi chrétien et louer ou prier Dieu mais pas seulement, elle exprime aussi un événement important (une victoire par exemple) ou bien encore à protéger des démons. Si les premières stèles sont très rudimentaires, au XIIIème siècle on assiste à une évolution vers un style dit “raffiné”. Les croix sont entourés de fins entrelacs à type de rubans,aux motifs végétaux ou de vannerie. Au desuus et en dessous sont gravées des scènes bibliques telles que la Vierge à l'enfant,le Christ en gloire ou l'Ascension. Certains chefs d'oeuvre,d'une virtuosité extrême,reproduiront dans la pierre des motifs de la dentelle à l'aiguille et offre au regard un dessin ciselé avec de différentes incidences de la lumières. Aujourd'hui la plus grande partie de ces stèles se trouvent en dehors des frontières de la République d'Arménie principalement à l'Est de la Turquie, le nord-ouest de l'Iran, le sud de la Georgie et le Haut-Karabagh,à l'ouest de l'Azerbaïdjan. Présentes un peu partout dans la lande arménienne les khatchkars, groupées ou isolées, près des monastères ou des cimetières témoignent d'une foi chrétienne gravée dans la pierre et dans les coeurs que les sempiternelles invasions externes n'ont réussi à venir à bout. Les khatchkars sont la mémoire collective arménienne et ni le temps et les récentes destructions massives de “parc” de stèles du Haut-Karabagh par les azeris pour éliminer toute trace arménienne n'y changeront rien.