L'événement le plus marquant concernant l'Arménie cette année est certainement l'assassinat le 19 janvier dernier du journaliste turc d'origine arménienne, Hrant Dink, dont personne surtout en Turquie n'ignorait son combat pour la reconnaissance du génocide arménien par la Turquie mais aussi pour l'amélioration des relations entre arméniens et turcs. C'est dans cet esprit que Dink avait créé avec son frère en 1996 le magazine Agos,dédié à la communauté arménienne de Turquie et dont la particularité,par rapport à des magazines tels que Jamanak,est d'être rédigé aux trois quarts en langue turc et dont la rédaction voitse mêler journalistes arméniens et turcs.Mais qui était donc ce journaliste qui a payé de sa vie le prix de ses convictions?
Hrant Dink est né en 1954 à Malatya en Turquie,bastion historique de la communauté arménienne, et à l'âge de 7 ans est placé dans un orphelinat après le divorce de ses parents où il rencontrera durant son adolescence celle qui deviendrait quelques années plus tard sa femme: Rakel. Avec elle il fonde au milieu des années 70 l'Armenian Youth Camp à Tuzla,dans la banlieue d'Istanbul,où sont rassemblés quelque 1.500 orphelins arméniens.Il s'investit dans ce projet corps et âme mais en 1979 les autorités turques le font fermer. Cette exprérience restera le moment le plus intense et le plus marquant de sa vie,selon lui. Quelques années plus tard il reprend une librairie avec ses deux frères jusqu'à la création de Agos.
Agos devient le porte-voix de Dink dans son combat pour la reconnaissance du génocide arménien par la Turquie et pour l'amélioration des relations entre arméniens et turcs.Chrétien profondément croyant,avec ses convictions libérale de gauche il se situe dans l'opposition dans la société turque,mais aussi au sein de la communauté arménienne à laquelle il reproche de ne pas s'exprimer assez fort face aux différentes discriminations dont elle est victime au quotidien.Il participe activement à la vie de la société,donne des interviews et organise des conférences sur le génocide pour faire prendre conscience aux turcs de la nécessité de renouer avec le passé et l'assumer pour construire l'avenir d'une Turquie se voudrait européenne et dont Dink est un fervent partisan. Dink a reçu de nombreux prix pour son travail de journaliste et est très apprécié de ses amis turcs tels que Ohran Pamuk et Elif pafak. Mais ses écrits l'ont conduit aussi à de nombreux procès pour atteinte à l'identité turque,a fameuse loi de l'article 301, qui l'ont vu condamné à 6 mois de prison en 2006,ce qui l'a blessé beaucoup de ce qu'il considérait à juste titre comme une injustice. S'en sont suivis des menaces,de plus en plus opressantes contre lui,au siège du journal,mais l'Etat ne fit rien et l'intolérable arriva le 19 janvier de cette année 2007 devant le siège d'Agos par les balles d'un jeune ultra-national de 17 ans qui éxécuta Dink en pleine journée avant de poser devant un drapeau turc quelques heures plus tard aux côtés de policiers complaisants.
Si l'Europe toute entière s'est indignée de cet acte odieux ainsi que le gouvernement turc il n'en reste pas moins qu'il met en exergue ce nationalisme turc bien présent dans les provinces et dont le foyer principal est situé à Trabzon. Aux émouvants défilés de soutien massif des premiers jours à la communauté arménienne s'en est suivi de manifestations moins glorieuses de mouvements nationalistes. Car la mort de Dink n'a pas changé grand-chose et on voit malheureusement se développer en ce moment en Europe une vague négationniste du génocide arménien qui va de la Belgique à la Hollande et qui va même conduire le ministre des affaires étrangères turc a se déplacer aux Etats-Unis pour convaincre le parlement de ne pas voter une loi sur le génocide arménien. Malgré les différentes mains tendues par l'Arménie pour une ouverture sans condition préalable de la frontière qui sépare la Turquie et l'Arménie,le gouvernement reste sourd et le peuple turc,alors qu'il ommençait à s'ouvrir à un débat sur le génocide,depuis la mort de Dink,s'est refermé sur lui-même ce qui explique aussi le regain d'effort du négationnisme d'Etat.
Depuis une semaine se tient le procès des assassins de Hrant Dink et la justice a demandé un complément d'enquête à la police d'Ankara pour faire comparaitre tous les suspects,tous ceux qui l'ont commandités et faire la lumière sur ses réseaux nationalistes qui gagnent du terrai un peu plus chaque jour dans la Turquie profonde,à quelques semaines des élections législatives turques.